Nathalie AUDIN
06 GENERATIONS SOLIDAIRES
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En vacances......
Margaret Maria Brewster

Pour tous les amoureux de notre département, un extrait des "lettres de Cannes et de Nice" 1856 / 1857 de Margaret Maria Brewster.
Avec une présentation de José CUCURULLO, conservateur de la médiathèque de Cannes.

Un petit chef d'oeuvre, absolument inconnu, de la littérature anglaise sur notre département.

Un choc de civilisation entre l'Angleterre protestante et les "mariolatries" du sud, une balade en Italie niçoise, une description peu complaisante des "indigènes"......un vrai régal que je recommande vivement. Je mets à disposition cet ouvrage pour qui n'est pas dérangé par les livres vivants (à savoir, annoté, corné, surligné....)

Et pour la mise en lecture, deux ou trois passages des lettres de notre intrépide voyageuse anglaise.

lettre XII le 13 février
"Nous avons la plus drôle de femme de chambre imaginable. Marie, bonne, joyeuse, riante, et trapue avec un visage fin bruni et vieux, pourtant elle est presque jeune, des yeux du sud magnifiques et de beaux cheveux. Elle parle "nizzard" comme tous les paysans ici et c'est un curieux "patois", dur si on considère ses maintes terminaisons italiennes. Pas un mot d'italien est parlé sauf par ceux qui sont allés à l'école, où, bien sûr il est toujours enseigné; quelques-uns ne savent pas parler français et d'autres comme Marie que quelques mots. Vous ririez si vous pouviez nous entendre converser. Elle commence en français, continue dans une combinaison heureuse de français et de niçois et elle finit en patois pur et inaltéré (...). Marie est vraiment trés joyeuse. Si vous tirez la sonnette, elle arrive en trombe dans des éclats de rire, qui vous font penser que vous avez tiré la sonnette avec beaucoup d'esprit et d'humour (...). Le "oui" niçois ne se prononce pas "ouille" comme le patois français, ni "oui" ni "si" mais "ai" ou "ay" comme l'écossais."

Lettre VIII Château Sainte Marguerite. "Je dois vous raconter une scène trés fréquente ici. On rencontre deux gendarmes, jamais un, jamais trois,toujours deux. Ils ont des chapeaux bicornes, des manteaux bleus,de la dentelle argentée, des chevaux bien dressés desquels ils doivent descendre une douzaine de fois par jour pour chasser des coupables à travers les bois, et qu'ils retrouvent, toujours, attendant exactement au même endroit. D'ailleurs, ils ont l'air un peu impérieux et insolent, au moins il me semble, mais j'ai peut-être un petit préjugé contre eux.
Chaque fois que vous voyez des chapeaux bicornes odieux, vous pouvez être assuré qu'à coté il  y aura une grande charette, pleine de prisonniers enchaînés ensemble, en route vers la préfecture ou la sous préfecture ou les autorités sardes audelà du Var; et si la charette est surchargée, d'autres marchent généralement  à coté enchaînés deux par deux.
Les expressions variant du désespoir, à la mélancolie ou au mépris, sont pénibles à voir. Ils ne sont jamais enchaînés sauf pour les délits criminels, mais les gens du pays qui semblent avoir beaucoup plus de sympathie pour eux que pour les gendarmes, disent qu'ils sont enchaînés pour des délits pas plus important qu'un manque de passeport. Depuis, on m'a assuré que ceci n'est pas exact, sauf dans les cas où ils ont résisté ou tenté de s'échapper aux gendarmes.
Hier j'ai rencontré les gendarmes et la charette-et j'ai du mal à vous décrire l'étrange répulsion que j'ai ressentie, à la vue de l'occupant de ce tombereau; il y en avait peut-être d'autres mais je n'en ai remarqué qu'un seul. (....) Une étrange créature inapprivoisée, accroupie au fond de la charette, enveloppée dans une couverture avec capuchon en flanelle sur la tête et sous ce capuchon, un visage que je n'oublierai jamais, la tête posée sur ses genoux. Des cheveux noirs emmêlés, une peau mate foncée, des yeux noirs et féroces, exprimant un désespoir muet, comm s'il souffrait mais s'en moquait de l'admettre: c'était un arabe bédouin.

Le fort de l'île Sainte-Marguerite est une prison d'Etat uniquement pour les arabes qui y sont envoyés de Toulon, au cours de cette vile guerre d'extermination en Algérie: la charette était en route pour le fort. C'était mon expérience d'hier concernant les arabes.

Aujourd'hui, j'en ai vu soixante et un. J'ai pu discuter amicalement avec ces prisonniers-limités aux hochements de tête, de gestes et de "bonjour" et j'ai perdu mon coeur à deux d'entre eux. Ils m'ont proposé leurs signatures que j'ai sur mon carnet de dessin. Ils ont écarté les rubans de mon chapeau, avec une dignité solennelle et majestueuse, pour mieux voir ma broche, qui fût examinée et caressée avec une grandeur impassible; mais pas par curiosité ou amour de babioles montrées par les arabes inférieurs, mais à cause des chevaux dessus! C'était mon camée "chevaux du soleil"; c'était trés touchant, car nous savons comment ces fils du désert aiment leurs propres chevaux, qui sont splendides".

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